Ces chansons africaines qui ont marqué l’histoire de la musique
De l’afrobeat nigérian au mbalax sénégalais, en passant par la musique mandingue et le coupé-décalé ivoirien, le continent africain a offert au monde une richesse musicale considérable. Retour sur dix titres qui ont marqué leur époque, chacun à sa manière — par leur portée politique, leur succès populaire ou leur rayonnement international.

« Zombie » – Fela Kuti (Nigeria, 1976)
Père fondateur de l’afrobeat, Fela Kuti signe avec « Zombie » l’une des chansons de protestation les plus marquantes de l’histoire de la musique africaine. Le morceau, porté par des cuivres puissants et une basse hypnotique, compare les soldats du régime militaire nigérian de l’époque à des « zombies » obéissant aveuglément aux ordres. Cette dénonciation frontale vaudra à Fela Kuti de lourdes représailles : sa commune de Kalakuta est prise d’assaut par l’armée l’année suivant la sortie du morceau, un épisode resté comme l’un des plus violents de l’histoire de la musique engagée africaine. Depuis, « Zombie » a influencé des générations d’artistes bien au-delà du Nigeria.
« Pata Pata » – Miriam Makeba (Afrique du Sud, 1967)
Surnommée « Mama Africa », Miriam Makeba a composé « Pata Pata » (“touche, touche” en xhosa) dès la fin des années 1950 en Afrique du Sud, avant d’en enregistrer la version internationale qui la rendra célèbre en 1967, alors qu’elle vivait en exil aux États-Unis en raison de son engagement contre l’apartheid. Le titre, dansant et entraînant en apparence, porte en réalité l’histoire d’une artiste qui a fait de sa musique un outil de résistance politique, devenant l’une des voix les plus reconnues de la lutte contre la ségrégation raciale.
« Yeke Yeke » – Mory Kanté (Guinée, 1987)
Griot guinéen à la voix reconnaissable entre toutes, Mory Kanté a marqué l’histoire avec « Yeke Yeke », sorti en 1987 sur l’album Akwaba Beach. Le morceau mêle la kora traditionnelle, cet instrument à cordes emblématique de l’Afrique de l’Ouest, à des sonorités électroniques modernes pour l’époque. Chantée en malinké, la chanson a été l’un des premiers titres africains à se classer dans plusieurs pays européens, ouvrant la voie à une reconnaissance internationale plus large de la musique mandingue.
« Premier Gaou » – Magic System (Côte d’Ivoire, 1999)
Avec « Premier Gaou », sorti en 1999, le groupe ivoirien Magic System a contribué à populariser le coupé-décalé bien au-delà de la Côte d’Ivoire. Mêlant français, nouchi et dioula, la chanson raconte avec humour l’histoire d’un homme trompé par sa compagne. Le titre est devenu un tube incontournable des fêtes et mariages à travers l’Afrique de l’Ouest et sa diaspora, contribuant à faire connaître ce genre musical à l’international.
« Jerusalema » – Master KG feat. Nomcebo Zikode (Afrique du Sud, 2019)
Produit par le DJ et producteur sud-africain Master KG, porté par la voix de Nomcebo Zikode, « Jerusalema » est devenu un phénomène mondial en 2020 grâce à une chorégraphie reprise massivement sur les réseaux sociaux, en pleine période de confinements liés à la pandémie de Covid-19. Chanté en zoulou, le titre évoque la foi et la quête d’un lieu de paix, porté par une mélodie devenue un symbole d’unité bien au-delà de l’Afrique du Sud.
« Djadja » – Aya Nakamura (Mali/France, 2018)
Artiste née au Mali et installée en France, Aya Nakamura a connu un succès international avec « Djadja » en 2018, mélange d’afrobeats, de R&B et de pop chanté en français et en bambara. Le titre, dans lequel la narratrice répond avec fermeté à des rumeurs qui circulent sur elle, est devenu l’un des morceaux francophones les plus streamés au monde, confirmant Aya Nakamura comme l’une des artistes françaises les plus écoutées à l’international.
« Soul Makossa » – Manu Dibango (Cameroun, 1972)
Saxophoniste camerounais, Manu Dibango signe en 1972 l’un des tout premiers grands succès internationaux de la musique africaine avec « Soul Makossa », fusion du makossa traditionnel avec des influences funk, jazz et soul. Le riff de saxophone du morceau est resté dans les mémoires et a été repris ou samplé par plusieurs artistes internationaux au fil des décennies, faisant de ce titre une référence incontournable de la musique populaire mondiale des années 1970.
« Tajabone » – Ismaël Lô (Sénégal, 1990)
Contrairement à une idée parfois répandue, Ismaël Lô n’est pas associé au coupé-décalé mais au mbalax et à la musique folk sénégalaise ; on le surnomme d’ailleurs le “Bob Dylan africain” pour son jeu de guitare et d’harmonica épuré. Sorti en 1990, « Tajabone » n’évoque pas un amour perdu mais une fête traditionnelle sénégalaise, le Tamxarit, célébrée le dixième jour du nouvel an musulman, durant laquelle les jeunes se déguisent — les garçons en filles et inversement — et chantent de maison en maison pour recevoir des dons. Portée par la voix chaleureuse d’Ismaël Lô et des arrangements acoustiques, cette chanson reste l’un des titres sénégalais les plus connus à l’international, repris jusque dans la bande-son d’un film de Pedro Almodóvar.
« Folon » – Salif Keita (Mali, 1995)
Surnommé « La Voix d’Or du Mali », Salif Keita signe en 1995 « Folon » (« autrefois » en bambara), titre éponyme d’un album dédié à la cause des personnes albinos, dont il fait lui-même partie. Le morceau, porté par sa voix puissante et son jeu de guitare, dénonce les discriminations dont sont victimes les personnes atteintes d’albinisme en Afrique. Artiste engagé de longue date, Salif Keita a fondé une association pour la défense de leurs droits, faisant de cette chanson bien plus qu’un simple succès musical.
« Oliver Twist » – D’banj (Nigeria, 2012)
Pionnier de l’afrobeats moderne, D’banj a marqué l’histoire de la musique africaine contemporaine avec « Oliver Twist », sorti en 2012. Le morceau, qui mêle rythmes électroniques et influences hip-hop, a été l’un des premiers titres afrobeats à connaître un succès international significatif, contribuant à ouvrir la voie à la génération d’artistes qui a suivi, de Wizkid à Burna Boy en passant par Davido.
Une musique qui continue de traverser les frontières
Ces dix titres, séparés par plusieurs décennies et des genres très différents, partagent un même point commun : ils ont chacun contribué, à leur manière, à faire connaître une part de la musique africaine au-delà de ses frontières d’origine, qu’il s’agisse de protestation politique, de tradition revisitée ou de phénomène viral porté par les réseaux sociaux.
Pour aller plus loin, on peut consulter les pages consacrées à Ismaël Lô et à Salif Keïta sur Wikipédia, qui reviennent en détail sur leurs parcours respectifs.
Retrouvez aussi notre dossier sur l’histoire de l’afrobeat et notre sélection des artistes africains à découvrir aujourd’hui.
À retenir
- « Zombie » de Fela Kuti (1976) reste l’un des morceaux de protestation politique les plus marquants de la musique africaine
- Contrairement à une confusion fréquente, Ismaël Lô est associé au mbalax et à la musique folk sénégalaise, pas au coupé-décalé ; son titre « Tajabone » (1990) évoque une fête traditionnelle, pas une histoire d’amour perdu
- Le titre engagé de Salif Keita sur la cause des personnes albinos s’intitule « Folon » (1995), et non « Brukina »
- « Jerusalema » (2019) est devenu un phénomène mondial grâce à sa chorégraphie virale pendant la pandémie de Covid-19
Note de la rédaction : cet article s’appuie sur des sources biographiques et discographiques disponibles publiquement (Wikipédia, Music In Africa, sites officiels des artistes). Deux erreurs identifiées dans la version initiale ont été corrigées : le genre musical et le thème de la chanson d’Ismaël Lô, ainsi que le titre exact du morceau de Salif Keita consacré à la cause des personnes albinos. Une erreur ou une précision à apporter ? Contactez-nous via notre page de contact.
Dix chansons, dix histoires, et un même constat : la musique africaine continue de résonner bien au-delà de ses frontières d’origine.
Laquelle de ces chansons vous a le plus marqué ? Et quel titre plus récent mériterait, selon vous, de figurer dans un futur classement ?
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